« La commission nationale de soutien à la candidature de Bouteflika », a été actionnée de nouveau pour nous sortir des scoops, dont elle seule a le secret, jugez en. Elle vient d'initier une rencontre de milliers de jeunes venus des 48 wilayas, à la salle Harcha d'Alger, au frais du contribuable bien sûr. Son responsable était tout fier d'avoir réussi le pari, de récolter presque un million et 75 mille de signatures de jeunes au profit de la candidature de Bouteflika. Il a exhibé un énorme « chèque symbole », sur lequel étaient portées les dites signatures. Il a ensuite été remit à notre illustre ministre d'état, Belkhadem (FLN), représentant du président Bouteflika.
Le sujet n'est pas de commenter les deux millions de signatures. Quand on a le pouvoir et à son service toute l'administration et autres structures de l'état, les établissements publiques comme les écoles, c'est une bagatelle. Il est important de relever que signer n'engage en rien, et ne signifie pas forcément un partie prit. Un jeune peut tout à fait aussi signer par peur. Ce qui m'a irrité, ce sont les déclarations des uns et des autres. Belkhadem a lancé en s'adressant à l'assistance que « Les signatures sont un message à ceux qui affirment que les jeunes ne croient plus en la politique ». Qu'ils croient ou pas, qu'est ce que veut prouver par là le ministre? On comprend mieux quand il a ajouté « Aujourd'hui vous confirmez votre foi et votre dévouement en votre pays, en appelant le président à se porter candidat ». Nous y voilà, cela rappelle étrangement les slogans des islamistes du FIS. « Ceux qui ne votent pas pour nous, sont contre Dieu, ce sont des impies », « Votez pour nous c'est voter pour Dieu ». En décodant, Belkhadem veut dire que ceux qui ne voteront pas pour Bouteflika, ou ne voteront pas du tout, n'ont aucune foi ni dévouement en leur pays. Même si j'écris cet article qui ne peut être de votre goût, je doute fort que vous soyez plus patriote que moi ou des millions d'autres algériens, monsieur Belkhadem. Gardez, je vous prie, vos leçons de patriotisme, et trouvez-vous d'autres arguments pour convaincre l'électorat, même si c'est votre fond de commerce.
Le représentant du RND, l'autre parti de l'alliance et vice président de L'APN, estime lui que cette rencontre « est un net démenti pour tous ceux qui veulent mettre en doute l'attachement des jeunes algériens à l'esprit de patriotisme ». Décodez, ceux qui demandent à Bouteflika de continuer, sont des patriotes. Les autres ils sont quoi, dites-moi. Traitez de traitres à la patrie pendant qu'on y est. Vous mobilisez tous les moyens de l'état, vous utilisez l'argent du peuple, pour « insulter » ceux qui ne marchent pas avec vous. A mon avis, ce qui vous fait réagir de la sorte c'est la hantise du « spectre de l'abstention ». Ces opérations médiatiques sont menées pour influer sur l'opinion publique, traitant avant même les élections, ceux qui n'ont pas l'intention d'aller aux urnes d'antipatriotiques. Vous voulez aussi prouver à notre président, qu'il reste très populaire. Moi je dis simplement que vous avez le droit de mener toute campagne. Seulement, quand elle est partisane, pas avec les moyens de l'état et l'argent du peuple. Sinon par décence, il faut mettre les mêmes moyens à la disposition des autres candidats.
Je viens d'apprendre qu'une organisation s'appelant « Académie de la société civile algérienne », a annoncé par la voie de son secrétaire générale, la création d'un « Comité international de soutien et d'accompagnement de la candidature du président Bouteflika ». La fondation de ce comité a été simultanément annoncée à Londres. Pourquoi faire? Je me le demande. Décidément, il y a à boire et à manger pour ces élections, et tous les moyens sont bons pour avoir sa part. Je terminerai simplement en lançant un défi à Belkhadem et consort. Qu'ils fassent en sorte pour que tous les jeunes puissent choisir de rester ou de partir, on verra alors où en est le patriotisme en Algérie...
Par Mus